À Roquemaure, on ne célèbre pas la Saint-Valentin comme ailleurs. Ici, le 14 février résonne d’une histoire bien plus ancienne, profondément ancrée dans la mémoire du village. Depuis plus de 150 ans, les reliques de Saint Valentin occupent une place centrale dans la vie spirituelle et patrimoniale de la commune.
Retour sur l’histoire singulière de leur arrivée à Roquemaure, entre crise viticole, ferveur populaire et espérance partagée.
Il était une fois Roquemaure, village vigneron du XIXᵉ siècle, vivant des fruits de la vigne et du travail de ses habitants. Mais à partir de 1866, un mal invisible s’abat sur le territoire. Après la maladie du ver à soie, une nouvelle épreuve frappe la région : une terrible affection de la vigne, que l’on appelle alors « les tâches de Roquemaure ». ou encore le phylloxéra. Il s’installe et détruit peu à peu les vignobles, mettant à genoux toute la vie économique et sociale du village.

Face à ce fléau, les vignerons tentent tout ce qui est possible pour sauver leurs terres. Les solutions se raréfient, l’inquiétude grandit et l’avenir semble incertain. C’est dans ce contexte de détresse qu’un homme, Maximilien Pichaud, riche propriétaire récoltant, fortuné et profondément croyant, décide de chercher secours ailleurs. Il entreprend alors un voyage jusqu’à Rome. Là-bas, il fait l’acquisition des reliques de Saint Valentin, saint protecteur. Son projet est généreux : offrir ces reliques à la paroisse de Roquemaure, afin d’apporter réconfort et espérance à une population durement éprouvée.

Mais le destin en décide autrement. Maximilien Pichaud meurt quelques jours avant l’arrivée des reliques dans le village. Il ne verra jamais l’aboutissement de son geste, mais son nom reste étroitement lié à l’histoire locale. Sa famille, propriétaire du domaine de Clary, est profondément ancrée dans la vie de la commune : Xavier Richard et sa sœur Marie, épouse de Maximilien, sont ainsi parrain et marraine de la cloche « Maximilien Marie », installée dans le clocher de la collégiale en 1863.
Nous sommes en octobre 1868. À Roquemaure, le curé doyen organise une Mission paroissiale, pratique alors très répandue au XIXᵉ siècle. Elles visaient à raviver la foi et à accompagner les populations dans les grands moments de leur histoire. Chaque jour, l’église se remplit à tel point qu’elle peine à contenir la foule venue écouter les missionnaires. Mais le moment le plus attendu est sans conteste celui du dernier jour : l’accueil des reliques de Saint Valentin.
Le 25 octobre 1868, l’évêque de Nîmes, Mgr Plantier, célèbre leur arrivée dans une atmosphère de grande liesse populaire. Sur la place de la Pousterle, un discours en l’honneur de Saint Valentin est prononcé devant une foule immense. Puis, dans un élan collectif, les habitants accompagnent les reliques en procession jusqu’à la Collégiale de Roquemaure, où elles sont déposées dans une chasse dorée, à droite de l’autel, où elles demeurent encore aujourd’hui.
Depuis lors, Saint Valentin est indissociable de Roquemaure, et cette histoire continue de vivre grâce aux Festivités de la Saint Valentin (appelée aussi la fête des Amoureux) organisées tous les deux ans par l’Association Saint Valentin, qui font revivre l’arrivée des reliques et la ferveur de 1868 !
À Roquemaure, l’amour n’est donc pas seulement une affaire de cœurs : c’est une histoire de village, de solidarité et de mémoire, transmise de génération en génération.





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